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01 juil. 2026

2 Jean 1.1

Il est arrivé plusieurs fois au facteur de se tromper et de mettre dans ma boîte, une lettre qui ne m’était pas adressée. C’est toujours soit une publicité soit une facture et comme il y a presque tout le temps l’adresse du destinataire quelque part, il suffit de la rendre à La Poste qui fait le nécessaire. Maintenant, imaginez avoir entre les mains une lettre manuscrite adressée à « Grande Dame élue », une expression grandiloquente qui je suis sûr vous surprendrait. Eh bien, c’est un peu la situation dans laquelle on se trouve quand on commence à lire la seconde lettre de Jean.

La première difficulté qu’on rencontre, et elle est de taille, consiste à déterminer à qui cette missive est adressée. Littéralement, le texte dit : « L’Ancien à Kiria l’élue et à ses enfants ». « Kiria » est la forme féminine de « Kirios » qui veut dire « seigneur ». Le problème est qu’on peut considérer « Kiria » comme un nom propre porté par une grande dame, ou bien ce mot peut être une métaphore et désigner une assemblée chrétienne. Dans ce deuxième cas, les enfants sont alors les membres de l’église. Ces deux possibilités, très différentes, sont toutes aussi valables l’une que l’autre, et les commentateurs sont partagés pratiquement par le milieu ; la moitié dit que c’est une personne et l’autre que c’est une église. Alors pour en avoir le cœur net, je vais avancer à la Sherlock Holmes, à petits pas en suivant les indices un à un.

D’une façon générale, il serait normal et naturel de considérer que « l’Ancien », c’est-à-dire Jean, s’adresse à une femme et à ses enfants, surtout que dans sa troisième lettre, il ne fait aucun doute que l’apôtre écrit à quelqu’un qu’il nomme et appelle « Gaïus ». Comme ces deux petites lettres sont comparables, si on sait sans l’ombre d’un doute que l’une est adressée à un Monsieur, pourquoi pas l’autre à une dame ?

Oui mais voilà, on peut aussi retourner l’argument et dire que puisque dans la troisième épître, Jean mentionne noir sur blanc trois noms propres et aucun dans la seconde, « Kyria l’élue » n’est pas une personne mais un groupe de gens. De plus, comme dans sa première épître, Jean parle souvent d’enfants et qu’il s’agit chaque fois de membres d’église, pourquoi en serait-il différent dans la seconde épître ?

Oui, mais une telle missive semble bien courte pour être destinée à toute une communauté. C’est vrai, mais son message s’applique mieux à une assemblée qu’à une personne en particulier surtout qu’on n’y trouve pas d’éléments très personnels comme dans 3Jean. Quant au style simple et à la tendresse qui se dégage de cette seconde lettre, ils peuvent autant convenir à une assemblée chrétienne qu’à une personne humaine. Bref, on tourne en rond. Quoi d’autre ? Eh bien, dans cette seconde lettre, Jean dit :

À présent, grande Dame, voici ce que je te demande ce n’est pas un commandement nouveau que je t’écris, c’est celui que nous avons reçu dès le commencement : aimons-nous les uns les autres (2Jean 5 ; auteur).

Si Kiria est une Madame, dans ce verset, Jean demande à ce qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre. Disons que ça ne convient pas trop à un apôtre de 95 ans. Si par contre, « Kiria » est une église, il n’y a pas de problème. De plus, et comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, on trouve le même langage dans la première épître de Jean ainsi que dans son évangile, mais pas dans sa troisième lettre qui est adressée à un particulier.

Si on élargit le champ d’investigation, on remarque que l’apôtre Pierre commence et termine aussi sa première épître un peu comme Jean sa deuxième. En effet, on lit :

Pierre, apôtre de Jésus-Christ, salue ceux que Dieu a choisis et qui vivent en hôtes de passage, dispersés dans les provinces du Pont, de Galatie, de Cappadoce, d’Asie et de Bithynie (1Pierre 1.1).

Puis Pierre clôt son épître par :

Recevez les salutations de l’Église qui est à Babylone et que Dieu a choisie (1Pierre 5.13).

Pierre dit se trouver à Babylone et il envoie les salutations de cette église aux assemblées d’Asie Mineure. On pourrait donc penser que Jean utilise le même procédé ; il se trouve en Asie Mineure, dans la ville d’Éphèse, et à la fin de sa lettre, il dit :

Les enfants de ta sœur que Dieu a choisie t’adressent leurs salutations (2Jean 13).

C’est du langage codé. Jean écrit à une église dont il ne veut pas dire le nom mais à laquelle il envoie les salutations d’une sœur qui est l’église d’Asie. Comme Jean ne veut pas mettre les destinataires de sa missive en péril au cas où elle tomberait entre les mains d’un agent fouineur de la Gestapo romaine, il appelle l’assemblée à qui il écrit « la Grande Dame ». Pierre a fait un peu pareil puisque quand il parle de Babylone, en réalité, c’est un pseudonyme qui désigne Rome.

Tout ça est un peu compliqué et on ne peut pas déterminer avec une quasi-certitude à qui Jean écrit, toutefois, je penche pour une assemblée chrétienne. On sait en effet que Jean avait personnellement pris en charge plusieurs églises d’Asie Mineure, mais il se peut aussi qu’il écrive à une assemblée éloignée, celle de Rome ou de Jérusalem. En tout cas et ce qui est sûr, est qu’il est très prudent à cause des persécutions et parce qu’il attaque de front les faussaires spirituels.

En effet, on peut deviner derrière 2Jean certaines des fausses doctrines qui sont également à l’arrière-plan de sa première épître. Le but de cette petite lettre est donc polémique car Jean veut mettre ses lecteurs en garde contre les hérétiques et leur demande de ne pas les recevoir dans leur maison. Il est évident qu’il craint que ces enseignants de mensonges soient favorablement accueillis, ce qui leur permettrait de répandre leur poison plus facilement.

Jean écrit donc cette seconde épître, cette petite lettre pour prévenir un danger qui, vers la fin du premier siècle, menace les églises d’Asie et d’ailleurs. Elles sont sous pression de tous côtés : à l’extérieur, à cause des persécutions et de l’abondance d’idéologies qui font concurrence au christianisme, et elles sont sous pression à l’intérieur à cause des faux croyants qui se prétendent prophètes, docteurs ou frères, qui infiltrent les assemblées et enseignent des hérésies pernicieuses. C’est donc à juste titre que ces faux jetons sont qualifiés de « antichrists ou prophètes de mensonge » par l’apôtre Jean dans ses deux premières épîtres (1Jean 2.18-26 ; 4.3 ; 2Jean 7 ; 1Jean 4.1, 4), ou encore de « loups féroces, cruels et ravisseurs » par Jésus et l’apôtre Paul. Ce dernier a d’ailleurs mis en garde les responsables de l’église d’Éphèse en leur disant :

Je le sais : quand je ne serai plus là, des loups féroces se glisseront parmi vous, et ils seront sans pitié pour le troupeau. De vos propres rangs surgiront des hommes qui emploieront un langage mensonger pour se faire des disciples (Actes 20.29-30).

Les hérétiques de la fin du premier siècle sont les précurseurs de ce qui s’appellera plus tard : gnosticisme. Ils enseignent que la matière et tout ce qui est physique est du domaine du mal, tandis que tout ce qui relève de l’esprit et de l’intellect est bon. Les adeptes de ces croyances rejettent la doctrine chrétienne parce qu’elle enseigne que Dieu esprit est devenu chair. Ils ne réfutent pas l’aspect divin du Christ mais nient son humanité, car pour eux Jésus ne pouvait pas être à la fois homme et Dieu (1Jean 2.22-23 ; 4.3, 15 ; 2Jean 7).

Le refus de l’incarnation du fils de Dieu prend deux formes : un certain Cérinthe, contemporain de l’apôtre Jean et qui comme ce dernier vit aussi à Éphèse, enseigne que Jésus n’était qu’un simple être humain et que le Christ divin descendit sur lui à son baptême et le quitta juste avant la crucifixion. Dans sa première épître, l’apôtre Jean s’oppose avec force à cette fausse doctrine (1Jean 5.6-7).

Une autre hérésie de la fin du premier siècle est répandue par ceux qui se nomment « Docétistes » (grec dokeô : sembler, apparaître). Ceux-là enseignent que le corps de Jésus n’était pas réel et physique, mais en avait seulement l’apparence. Ce sera au 2e siècle la principale hérésie que l’Église devra combattre. C’est pour s’opposer aux Docétistes, que dans sa première épître et parlant de Jésus, Jean déclare fermement :

Nous l’avons entendu, nous l’avons vu de nos propres yeux, nous l’avons contemplé et nos mains l’ont touché (1Jean 1.1 ; comparez Jean 1.14).

Ces fausses doctrines sont particulièrement dangereuses parce que si Jésus n’est pas à la fois 100 % homme et 100 % Dieu, sa mort n’a pas pu être un sacrifice de substitution agréé par Dieu pour expier les péchés de l’humanité. Il fallait qu’il soit homme pour prendre ma place et Dieu pour que l’offrande de son corps ait une valeur infinie.

À cause des hérésies qu’il combat, dans sa première épître (1Jean 2.22-23 ; 5.20), Jean souligne le caractère central de la divinité de Jésus ainsi que sa pleine humanité. Il fait de même dans la seconde quand il dit :

Un grand nombre de personnes qui entraînent les autres dans l’erreur s’est répandu à travers le monde. Ils ne reconnaissent pas que Jésus-Christ est devenu véritablement un homme. Celui qui parle ainsi est trompeur, c’est l’anti-Christ (2Jean 7).

Comme les hérétiques divorcent le corps de l’esprit, ils enseignent que les actions commises par la chair n’ont aucun effet sur l’esprit et l’âme, et n’ont donc aucune importance. Cette fausse croyance qui va jusqu’à nier l’existence du péché favorise la corruption morale et la dépravation.

Vers la fin du premier siècle, sous le règne de l’empereur Domitien (81-96) qui persécute les chrétiens, Jean est déporté sur l’île de Patmos où il reçoit la révélation de l’Apocalypse. Après l’assassinat de Domitien qui était un véritable tyran, Jean peut retourner à Éphèse où il meurt autour de l’an 100 (sous le règne de Trojan ; 98-117). C’est probablement un peu avant sa mort qu’il écrit ses trois épîtres. Moins de cinq siècles plus tard, l’empereur byzantin Justinien (482-565) fait construire la basilique Saint-Jean sur l’emplacement de sa tombe.

 

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

févr. 03 2023

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