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07 juil. 2026

3 Jean

Quelques fois dans une conversation, on entend quelqu’un dire : « Qui l’aurait cru ? », qui bien sûr exprime la surprise. Comme on ne peut pas deviner l’avenir, on ne peut jamais connaître à l’avance comment les choses évolueront ni les conséquences d’un fait pourtant anodin. Quand l’apôtre Jean prend sa plume pour écrire une courte missive à son ami Gaïus, il ne se doute certainement pas que cette petite lettre serait conservée et que des siècles plus tard, elle nous donnerait des informations précieuses sur le christianisme de la fin du premier siècle. On peut se demander en effet quel genre de problème rencontrent les églises et comment les croyants font face aux difficultés de la vie de tous les jours, et de quelle façon ils manifestent concrètement l’amour chrétien. Cette petite lettre lève le voile sur certaines de nos interrogations.

La troisième épître de Jean est la plus courte et la plus personnelle de l’apôtre. Elle est écrite à une personne précise, un homme appelé Gaïus. Avec l’épître à Philémon écrite par l’apôtre Paul, ce sont les seules lettres vraiment intimes du Nouveau Testament. En effet, les épîtres pastorales que Paul adresse à ses deux disciples Timothée et Tite sont aussi destinées à être lues en public. La lettre de l’apôtre Jean à Gaïus est l’un des rares et donc précieux fragments de la correspondance chrétienne de l’Église primitive.

À l’instar de 2Jean, 3Jean aborde le devoir des croyants de manifester amour et hospitalité tout en restant fidèles à la vérité. La deuxième épître de Jean en a révélé le côté négatif : on ne doit pas aider du tout les hérétiques parce que c’est encourager leur enseignement de mensonges. 3Jean est le pendant positif de ce principe ; en l’occurrence, on doit aimer et prendre soin de tous ceux qui défendent la vérité des Écritures et la personne de Jésus parce qu’ils le méritent et on le leur doit.

Si Jean écrit à son ami Gaïus, ce n’est pas pour parler de la pluie et du beau temps mais pour confronter un problème sérieux causé par un certain Diotrèphe. Cet homme important et influent fait partie de l’église de Gaïus, mais devenu semble-t-il mégalo-maniaque, il refuse d’accorder l’hospitalité à des enseignants itinérants pourtant approuvés par l’apôtre Jean (3Jean 5-8).

Diotrèphe est peut-être bien l’un des premiers exemples d’un responsable d’église despotique mais au cours des siècles, il a fait d’innombrables émules et encore aujourd’hui, malheureusement, les hommes de son gabarit ne manquent pas.

De la situation ecclésiastique primitive dans laquelle un groupe de responsables d’égale autorité dirige une assemblée chrétienne, a émergé un système où un seul homme assume une proéminence sur les autres anciens et devient le grand chef, l’évêque, alors qu’à l’origine ce titre est simplement un synonyme pour « ancien ». Cette situation s’est probablement produite chaque fois qu’un homme au caractère autoritaire a pris de l’ascendant sur les autres responsables. Ces derniers n’ont alors pas d’autres choix que de se soumettre ou d’entrer en conflit avec la forte tête.

Diotrèphe, le despote de 3Jean, a tout pour déplaire car non seulement il veut être supérieur aux autres, mais en sus, il a pris la mauvaise habitude d’excommunier ceux qui le contredisent et qui accueillent sous leur toit les enseignants fidèles à la vérité (3Jean 10). Il va même jusqu’à calomnier l’apôtre Jean et à mettre en doute son autorité apostolique (3Jean 10). Tout ça fait vraiment désordre et Jean écrit donc à Gaïus afin de l’encourager à rester fidèle à la vérité tout en continuant, comme il l’a fait jusque-là, d’accorder son hospitalité aux étrangers (3Jean 5, 6) et en particulier à Démétrius qui vient à lui recommandé par l’apôtre. Jean informe aussi Gaïus qu’il s’occupera personnellement du cas de Diotrèphe dès qu’il sera arrivé, car il a bien l’intention de se rendre sur place (3Jean 14).

Jean déclare sans ambiguïté que Diotrèphe agit mal (3Jean 11), mais il ne nous dit pas pourquoi ce dernier refuse de recevoir les frères itinérants. Il est cependant juste de penser qu’il les perçoit comme une menace à son autorité, mais de toute façon, les despotes n’ont jamais de mal à trouver des fausses raisons pour justifier leurs mauvaises actions.

Étant donné que le style, la structure et le vocabulaire de 3Jean se rapprochent étroitement de ceux de 1 et 2Jean, il ne fait aucun doute que ces trois épîtres sont de la même plume. L’autorité pleine d’assurance de 3Jean (3Jean 10) comme des deux autres épîtres convient parfaitement à un apôtre.

C’est vers la fin du premier siècle (90-95) alors que Jean est à Éphèse qu’il écrit cette lettre à Gaïus. Cet homme habite sans doute quelque part dans la province romaine d’Asie à l’ouest de la Turquie actuelle.

Si Jean écrit cette courte lettre à son très cher ami, c’est parce que d’une part, il veut s’assurer qu’il peut toujours compter sur lui pour héberger des prédicateurs itinérants, et d’autre part, pour lui demander d’accorder l’hospitalité à Démétrius, un fidèle du Seigneur et probablement aussi le porteur de cette lettre.

Au premier siècle, l’hospitalité entre croyants n’est pas un luxe mais une nécessité. En effet, lorsque l’apôtre Paul explique ce qu’il doit endurer pour la cause de Jésus-Christ, plusieurs de ses déboires sont directement liés à ses déplacements et voyages.

Aujourd’hui presque partout dans le monde, on peut trouver un hôtel correct relativement confortable et où on peut dormir sur ses deux oreilles, à condition quand même de prendre un minimum de précautions. À quelques exceptions près parce qu’il y en a toujours, dans la plupart des pays, les autorités ont compris que le tourisme est une manne considérable et qu’il serait stupide de s’en priver. Mais pour qu’il y ait un flot continuel de moutons qui acceptent de venir se faire tondre, il ne faut pas qu’il y en ait trop qui se fassent dévorer en route. La police essaie donc d’assurer un minimum de sécurité dans les lieux touristiques. Mais au premier siècle, rien de tout cela. Les bandits de grands chemins pullulent, et les quelques auberges qui existent sont insalubres, des lieux de prostitution, et leurs propriétaires des gens peu recommandables.

À l’époque de l’apôtre Paul, les voyages sont ardus, désagréables et dangereux ; d’ailleurs dans sa seconde épître aux Corinthiens (11.26), il résume ses expéditions missionnaires par le mot « danger » qu’il emploie 8 fois. Ceux qui sont obligés de voyager dépendent donc de personnes prêtes à les accueillir chez eux. Pour les païens, l’hospitalité est une grande vertu et selon la vision du monde grecque, les voyageurs doivent faire l’objet de leur hospitalité parce qu’ils sont sous la protection de Zeus Xenios, dieu des étrangers.

En fait, le monde antique avait mis en place un système de visiteurs-amis en vertu duquel, des familles vivant dans différentes parties du pays s’engageaient à recevoir chez eux leurs membres respectifs. Le lien ainsi créé entre divers clans se transmet de génération en génération, et pour se prévaloir du privilège qui lui est associé, le visiteur doit montrer patte blanche, c’est-à-dire apporter dans ses affaires un gage qui l’identifie auprès de ses hôtes.

Dans l’antiquité, celui qui sort de son réseau social met sa vie en péril parce qu’il entre dans un autre monde où il est un étranger et donc aussi vulnérable que la veuve et l’orphelin. Dieu exhorte donc son peuple à être hospitalier. Dans le psaume 146, le psalmiste écrit :

L’Éternel protège l’étranger, il est le soutien de la veuve et de l’orphelin (Psaumes 146.9).

L’Ancien Testament contient beaucoup d’exemples de personnes hospitalières : Melchisédek, Abraham, Lot et Job sont les premiers à être mentionnés (Genèse 14.18 ; 18.1-8 ; 19.1-3 ; Job 31.32). Les prophètes de l’Éternel comptent aussi sur l’habitant. Élisée se rend toujours chez la Sunamite (2Rois 4.8), et Luc rapporte que quand Jésus envoie 70 de ses disciples en mission, il leur dit :

N’emportez ni bourse, ni sac de voyage, ni sandales, et ne vous attardez pas en chemin pour saluer les gens. Lorsque vous entrerez dans une maison, dites d’abord : “ Que la paix soit sur cette maison. ” Si un homme de paix y habite, votre paix reposera sur lui. Si ce n’est pas le cas, elle reviendra à vous. Restez dans cette maison-là, prenez la nourriture et la boisson que l’on vous donnera, car “ l’ouvrier mérite son salaire ”. Ne passez pas d’une maison à l’autre pour demander l’hospitalité (Luc 10.4-7).

Dans les évangiles, plusieurs personnes sont citées pour avoir donné l’hospitalité à Jésus (Matthieu 26.6 ; Luc 4.1 ; 10.38 ; 19.5-7 ; 24.29-30 ; Jean 4.40). Les apôtres Pierre et surtout Paul sont accueillis à maintes reprises par diverses personnes (Actes 9.43 ; 10.5, 6, 24-33, 48 ; Actes 16.14, 15, 34 ; 16.34 ; 17.5-7 ; 18.1-3, 7 ; 21.8, 16 ; 28.7) et tous deux exhortent leurs lecteurs à recevoir dans leur maison les croyants de passage (Romains 12.13 ; 1Pierre 4.9).

L’hospitalité n’est pas une simple obligation culturelle ; c’est un devoir chrétien au moyen duquel se manifeste concrètement l’amour pour les frères (Jean 13.34, 35). Paul enseigne d’ailleurs que l’hospitalité est une vertu chrétienne (1Timothée 5.10) et doit caractériser ceux qui aspirent à la charge de responsable d’église (1Timothée 3.2 ; Tite 1.8). Un curieux passage de l’épître aux Hébreux dit :

Ne négligez pas de pratiquer l’hospitalité. Car plusieurs, en l’exerçant, ont accueilli des anges sans le savoir (Hébreux 13.2).

Les anges seraient-ils encore parmi nous ? C’est fort possible et comme ils voyagent incognito, il faut accueillir tous les frères et pas seulement ceux qui portent de grandes ailes blanches.

Au premier siècle, il est courant pour les chrétiens d’ouvrir leur porte aux prédicateurs de passage dans leur assemblée, mais il faut bien sûr que ces derniers soient fidèles à l’enseignement apostolique, ce que Jean souligne dans sa seconde épître. Ici, dans la troisième, l’apôtre enseigne que l’hospitalité doit être étendue à tous ceux qui sont « dans la vérité ».

Cette petite lettre concerne trois personnes qui sont évaluées en fonction de leur attitude vis-à-vis de la vérité et des frères. Il y a d’abord Gaïus qui est félicité parce qu’il obéit au Seigneur et montre concrètement son amour pour les croyants de passage en les accueillant chez lui (3Jean 1-8).

Ensuite, on a Diotrèphe qui est hors-la-loi parce qu’il entrave la vérité et l’amour fraternel (3Jean 9-11). Enfin, cette lettre mentionne brièvement Démétrius qui est digne d’être aimé pour sa fidélité à la vérité (3Jean 12).

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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