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06 mars 2026

Amos 4.6-11

Mes grands-parents allaient religieusement à la messe tous les dimanches matins. Le samedi soir, ils ciraient leurs chaussures et préparaient déjà leurs plus beaux vêtements pour le lendemain et quand j’étais en visite chez eux, je devais faire pareil. Ah oui, il fallait aussi se laver de fond en comble et comme il n’y avait pas de salle de bain c’était dans une cuvette dans la cuisine qu’on nettoyait la bête. Le dimanche matin, j’avais droit à des wèkla, une spécialité du coin, une sorte de petit pain sucré dont je garde un excellent souvenir. Ensuite, c’était le branle-bas de combat ! Il fallait être impeccable et briller comme un sou neuf.

Je me souviens encore comme si c’était hier que j’étais aussi obligé de me laisser brosser les cheveux et ça me faisait mal à la tête. Apparemment le dicton qui dit : « il faut souffrir pour être belle », s’applique aussi aux enfants. Bref, il fallait que tout soit nickel, moi inclus, mais était-ce pour honorer Dieu ? Sur le chemin du retour, les grandes personnes caquettent sans retenue et le sujet de conversation est centré autant sur ceux qu’on n’a pas vus à la messe que sur ceux qui étaient présents. Ces derniers ont évidemment été examinés de très près, surtout leur look, leur tenue vestimentaire. Bref, le retour à la maison se fait dans une atmosphère chargée de cancans. Et puis après ce petit interlude religieux, la vie reprend son cours normal. Mais déjà enfant, j’avais l’impression que quelque chose cloche dans la religion.

Arrivé à l’âge de 12 ans, je suis la préparation à la communion solennelle et je commence à me poser de sérieuses questions existentielles. Alors en toute logique, je demande au Père Philippe, le prêtre de service s’il est sûr qu’il y a un Dieu. Très mauvaise idée, parce que je me suis pris un méga gros savon et il m’a même menacé de ne pas me laisser faire ma communion. Je me suis senti mal, très mal, parce que la communion, c’est l’occasion d’une grande réunion de famille avec gros repas et tout était déjà prévu. Ça aurait déclenché un scandale pas possible si j’avais été recalé et puis j’aurais pas eu un missel tout neuf, ni ma première montre. Je ne vous fais pas dire qu’à partir de ce moment-là, je suis rentré dans les rangs illico presto et que je n’en suis plus ressorti. Comme par miracle, je n’avais plus aucun doute, ni aucune question à poser ; mon horizon religieux était désormais bleu d’azur, sans le moindre petit nuage.

Au 8e siècle avant J-C, dans le royaume d’Israël Nord, on observe à la lettre certaines prescriptions rituelles de la loi de Moïse, mais ce ne sont jamais que quelques tours de passe-passe pour s’attirer les bénédictions divines. De plus, on peut être sûr que les dîmes qui sont régulièrement offertes au Temple proviennent surtout de rapines. La pratique religieuse qui consiste à réciter des formules et à faire certains gestes est propre à l’homme qui essaie d’exploiter pour son compte personnel les puissances du ciel.

Environ 150 ans après la fin du ministère d’Amos, l’Éternel envoie le prophète Jérémie dans le royaume de Juda pour adresser aux Israélites du sud les mêmes reproches que ceux qui ont été faits au royaume du nord. Je lis le passage :

Quoi ! Vous allez commettre des vols, des meurtres, des adultères, vous faites des serments mensongers, vous offrez des parfums à Baal et adorez d’autres dieux qui vous étaient inconnus, et puis vous venez vous tenir devant moi, dans ce Temple qui m’appartient, et vous dites : “ Nous sommes en sécurité ! ” Et c’est pour accomplir tous ces actes abominables ! (Jérémie 7.9-10).

Quand Jésus annonce la venue du royaume de Dieu, comme les prophètes qui l’ont précédé, il remet en place plutôt vertement les chefs religieux hypocrites de son temps. Matthieu rapporte qu’il leur a dit :

Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites, car vous dépouillez les veuves de leurs biens, tout en faisant de longues prières pour l’apparence. C’est pourquoi votre condamnation n’en sera que plus sévère. Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Vous nettoyez soigneusement l’extérieur de vos coupes et de vos assiettes, mais vous les remplissez du produit de vos vols et de ce que vos désirs incontrôlés convoitent. Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Vous êtes comme ces tombeaux crépis de blanc, qui sont beaux au-dehors. Mais à l’intérieur, il n’y a qu’ossements de cadavres et pourriture (Matthieu 23.14, 25, 27).

Le prophète Amos annonce la venue de jugements et surtout le châtiment ultime qui mettra définitivement fin au royaume des X tribus du nord. Mais ce ne sont pas vraiment des nouvelles fraîches parce que la nation a déjà été soumise à un régime disciplinaire de la part de Dieu.

Je continue de lire dans le chapitre quatre du livre d’Amos.

Moi (l’Éternel), je vous ai envoyés la pureté des dents dans toutes vos cités, j’ai fait manquer de pain dans toutes vos bourgades. Malgré cela, vous n’êtes pas revenus jusqu’à moi, l’Éternel le déclare (Amos 4.6 ; Autre).

Les Israélites n’ont pas les dents bien propres à cause d’un bon dentifrice mais parce qu’ils n’ont rien à manger, le royaume ayant subi une famine.

Dans le Proche-Orient ancien, quand une nation suzeraine conclue une alliance avec une nation vassale, elle rédige un document officiel dans lequel figurent entre autres, les châtiments qu’elle infligera à la nation vassale si celle-ci vient à se conduire d’une façon déloyale. La loi de Moïse contient elle aussi une longue série de malédictions contre le peuple choisi au cas où il se révolterait contre son Dieu ; le manque de nourriture fait partie de ces jugements. Dans le livre du Deutéronome, on lit :

Vos bœufs seront abattus sous vos yeux, et vous n’en mangerez pas la viande. Vos ânes seront volés devant vous et ne vous seront jamais restitués ; vos moutons et vos chèvres tomberont entre les mains de vos ennemis et personne ne viendra à votre secours (Deutéronome 28.31).

Le but des jugements de Dieu est disciplinaire ; il veut motiver les Israélites du nord à se repentir et à revenir à lui. Mais tout au long de son histoire, son peuple a persisté dans la rébellion.

À partir d’ici, Amos mentionne sept plaies que l’Éternel va infliger à son peuple : la première est la famine, ensuite la sécheresse (versets 7-8), puis les maladies des plantes (verset 9 a) qui seront suivies d’invasions d’insectes (verset 9 b), de la peste (verset 19 a), de la guerre (verset 10 b), et enfin des tremblements de terre (verset 11). On retrouve toutes ces calamités dans les sanctions prévues par la loi de Moïse en cas de transgressions des clauses de l’alliance du peuple choisi avec l’Éternel.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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