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20 janv. 2025

Cantique des cantiques 2.8-14

Notre existence est une suite de circonstances diverses et très variées, certaines douloureuses et d’autres plaisantes ; ainsi va la vie. Il faut donc savoir profiter des bons moments quand ils se présentent à nous. Les festins par exemple sont souvent des occasions de se réjouir et font partie des événements, de ces petits bonheurs qui agrémentent le cours des jours et qu’il est bon d’apprécier. Je reprends maintenant la 7e photo de l’aventure amoureuse entre Salomon et sa bien-aimée dans le Cantique des cantiques.

Il m’a conduite dans la maison du vin et il a déployé sur moi, l’étendard de l’amour. Restaurez-moi avec des gâteaux de raisins, soutenez-moi avec des pommes, car je suis malade d’amour. Que son bras gauche soutienne ma tête, et que son bras droit m’enlace. Ô filles de Jérusalem, oh, je vous en conjure par les gazelles ou par les biches de la campagne : n’éveillez pas, non, ne réveillez pas l’amour avant qu’il ne le veuille (Cantique des cantiques 2.4-7).

Salomon a conquis la dévotion d’une jeune femme, la Sulamite, et tous deux se réjouissent ensemble de l’amour intense qu’ils ont l’un pour l’autre dans la salle des fêtes du palais royal. Elle est tellement heureuse et radieuse qu’elle en est exténuée.

Mais aussi beau et puissant que soit l’amour humain, il n’est cependant qu’un pâle reflet de l’amour de Dieu pour ses enfants, les croyants qui ensemble constituent l’Église universelle. Surtout qu’un jour, l’Église sera l’épouse du Christ lors d’un événement céleste tout à fait prodigieux qui s’appelle « le festin de noces de l’Agneau ». J’avoue que c’est à peine croyable et pourtant ce mariage sera célébré. Je résume le passage du livre de l’Apocalypse qui en parle :

Et j’entendis comme une voix d’une foule nombreuse, comme un bruit de grosses eaux, et comme un bruit de forts tonnerres, disant : Alléluia ! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans son règne. Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse, et donnons-lui gloire ; car les noces de l’agneau sont venues, et son épouse s’est préparée, et il lui a été donné de se revêtir d’un fin lin, éclatant, pur. Car le fin lin, ce sont les œuvres justes des croyants. Heureux ceux qui sont appelés au festin de noces de l’agneau ! (Apocalypse 19.6-9).

Mais sans attendre cette occasion extraordinaire qui aura lieu dans les cieux, au travers des siècles, Jésus a déjà apporté une joie indicible à d’innombrables personnes. Ainsi, suite à l’annonce de l’Ange Gabriel à Marie qu’elle donnera naissance au Sauveur, elle va voir sa parente Élizabeth qui est elle aussi enceinte de Jean-Baptiste. Puis, dans ce qu’on appelle « Le Magnificat », Marie rend grâces à Dieu en disant :

Mon âme chante la grandeur du Seigneur et mon esprit se réjouit à cause de Dieu, mon Sauveur (Luc 1.46-47).

Comme annoncé par l’ange, Jésus est né et les bergers sont allés le voir dans la crèche, c’est à dire dans une mangeoire. Dans l’évangile selon Luc, on lit :

Les bergers s’en retournèrent, louant et glorifiant Dieu au sujet de tout ce qu’ils avaient vu et entendu : c’était bien ce que l’ange leur avait annoncé (Luc 2.20).

Puis 40 jours (Lévitique 12.1-4) après cette naissance miraculeuse, ses parents emmènent Jésus au Temple, et là sa présence fait la joie d’un certain Siméon, un homme juste et pieux qui attend la venue du Messie. Toujours dans l’évangile selon Luc, on lit :

Siméon le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit : mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple, Israël (Luc 2.25, 30-32).

Ce n’est pas tout, car ce même jour, par un hasard de Dieu, Anne, une prophétesse qui sert Dieu nuit et jour par des jeûnes et des prières, survient-elle aussi à cette même heure ; elle loue alors Dieu et parle de Jésus à tous ceux qui attendent la rédemption de Jérusalem (Luc 2.36-38). Pour Siméon et Anne, le Temple se transforme en une immense salle de fêtes, car ils éprouvent une joie indescriptible de tenir dans leurs bras l’enfant Jésus qu’ils attendaient depuis si longtemps.

Revenons à notre histoire d’amour. La Sulamite est tellement amoureuse qu’elle soupire à haute voix :

Que son bras gauche soutienne ma tête, et que son bras droit m’enlace

car elle souhaite de tout son être que son bien-aimé la prenne et la serre dans ses bras dans une étreinte ardente. On trouve fréquemment de telles images amoureuses dans les chansons à la mode. Mettre la main sous la tête est un geste de protection. C’est comme ça qu’on tient un bébé parce que les muscles de son cou ne sont pas encore suffisamment développés pour soutenir sa tête, qui est relativement lourde par rapport au reste du corps. Le bras qui enlace est un signe de protection, d’affection et de tendresse.

Selon l’interprétation typologique, on peut faire une translation de l’aspiration passionnelle de la Sulamite au domaine spirituel. En effet, un croyant qui se trouve dans une mauvaise passe et peut-être dans une grande détresse, est poussé à faire une requête semblable. Il invoque Dieu intensément demandant sa protection, son soutien et la manifestation de sa présence.

Pour un couple d’amoureux, le désir d’expression physique est chose normale, mais contrairement à des idées reçues, il n’y aucun mal à contrôler ses pulsions naturelles et attendre le mariage pour les satisfaire. Dans le livre de l’Ecclésiaste, le Prédicateur fait parler Salomon outre-tombe et dit :

Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil, un temps pour embrasser et un temps pour s’en abstenir (Ecclésiaste 3.1, 5).

Nous savons très bien par expérience que nous devons faire tout notre possible pour tenir nos émotions, notre langue et notre corps en bride dans nos relations avec nos semblables que ce soit à la maison, au travail avec les confrères et partout ailleurs dans la vie de tous les jours. Quand quelqu’un me regarde de travers ou me fait une queue de poisson sur la route, je ne lui rentre pas dans le lard illico presto, mais je reste maître de moi. C’est ça la vie civilisée.

Le refrain :

Ô filles de Jérusalem, oh, je vous en conjure par les gazelles ou par les biches de la campagne : n’éveillez pas, non, ne réveillez pas l’amour avant qu’il ne le veuille

apparaît encore deux fois (Cantique 3.5 ; 8.4). D’un point de vue littéraire, il structure le texte en indiquant la fin d’une section et le début d’une autre.

Les gazelles et les biches sont des animaux agiles, charmants et très gracieux, mais qui s’enfuient au moindre bruit. Ils représentent la délicatesse de l’amour qui unit les deux jeunes gens. Tout comme on ne peut pas forcer une fleur à éclore, car ce geste ne ferait que déchirer les pétales, on ne peut pas non plus fabriquer l’amour, le brusquer ou le contraindre. Soit dit aussi que ce n’est pas en « couchant » qu’on crée l’amour.

La Sulamite désire de tout son cœur épouser celui qu’elle aime et se donner entièrement à lui, mais elle sait aussi qu’elle ne doit pas précipiter les choses et qu’il faut du temps pour que leur union arrive à maturité et se concrétise dans le mariage. Alors, leur amour trouvera enfin sa pleine réalisation.

La première fois qu’elle a pénétré dans le palais royal, la Sulamite n’est pas du tout rassurée, mais depuis, sa relation avec Salomon a bien évolué et maintenant elle se sent en parfaite sécurité auprès de son bien-aimé où qu’ils se trouvent. Comme elle est follement amoureuse, mais doit se montrer patiente, elle entre en transe qui est un état à mi-chemin entre le rêve et l’éveil, et qui est un moyen d’accélérer le temps et de maîtriser ses sentiments. La transe est un état naturel qui fait partie de notre quotidien puisque nous l’expérimentons tous juste avant de nous endormir. Et quand on constate qu’un enfant est distrait, qu’il a la tête ailleurs comme on dit, c’est qu’il est dans cet état second où il est tellement absorbé par quelque chose qui l’intéresse que tout le reste s’estompe. Il ne vous entend plus et les devoirs d’école qu’il devrait être en train de faire ont disparu.

La première fois que les filles de Jérusalem ont fait leur apparition, elles n’étaient pas très sympas à l’égard de la Sulamite, mais depuis les choses se sont sensiblement améliorées au point où certaines de ces femmes sont maintenant attachées à la Sulamite, ce qui est normal pour une future reine. C’est donc à ces dames de compagnie que la Sulamite s’adresse quand elle leur demande de la laisser seule, de ne pas la déranger et donc de ne pas la faire sortir de son rêve éveillé en l’obligeant à revenir à la réalité avant qu’elle-même ne le souhaite. Dans une certaine mesure, la situation de la bien-aimée peut être comparée à celle d’un ivrogne qui cuve son vin. Comme lui, elle ne veut pas être réveillée avant d’avoir fini de cuver son amour.

Selon l’interprétation spirituelle typologique, l’état de transe de la Sulamite devient l’adoration. Si on observe un adepte sincère en prière de n’importe quel système religieux, que ce soit l’animisme tribal, les sectes les plus farfelues, ou ce qu’on appelle les grandes religions, on constate qu’il est dans un état second plus ou moins extatique.

Selon l’enseignement judéo-chrétien, les croyants de l’Ancienne Alliance doivent vénérer l’Éternel leur Dieu au moyen de rites complexes et surtout par des sacrifices d’animaux, mais également au moyen d’offrandes d’aliments végétaux comme la fleur de farine et l’huile (Lévitique 2.1), des libations de vin ou d’eau, et de l’encens. Il y a aussi la récitation de la Loi, les chants et la musique sacrés qui sont dirigés par les chantres. L’objectif de ce culte est de conduire l’assemblée dans l’adoration de l’Éternel. Sous la Nouvelle Alliance aussi, les croyants sont appelés à adore le Seigneur, mais ce n’est plus par des rites comme sous le régime de l’Ancien Testament, parce qu’ils constituaient une typologie, des images de réalités encore à venir, qui ont été parfaitement accomplies en la personne, la vie, la mort et la résurrection du Christ. Dans son évangile, Jean rapporte que Jésus a dit à la Samaritaine :

L’heure vient où il ne sera plus question de cette montagne ni de Jérusalem pour adorer le Père. Mais l’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche (Jean 4.21, 23 ; auteur).

Jésus choisit bien ses mots car il précise « en esprit » par opposition aux rites, et il utilise le mot « vérité » pour différencier le culte au vrai Dieu créateur du ciel et de la terre, des autres fausses divinités conçues par les élucubrations religieuses humaines. Quand un croyant adore le Seigneur, il ressent parfois la présence et l’amour de Dieu de manière si vive que son expérience émotionnelle l’épuise physiquement. Le corps humain n’est pas conçu pour pouvoir rester dans un tel état très longtemps à moins qu’il ne soit soutenu par une intervention surnaturelle représentée dans le texte par les gâteaux de raisins et les pommes.

Dans notre histoire, l’hiver est maintenant passé ; c’est le printemps et les amoureux vont mettre à profit les beaux jours pour intensifier leur relation et se préparer ainsi au mariage qui ne va plus tarder. La Sulamite est retournée au Liban probablement chez elle parce que quelques ombres planent sur leur relation (Cantique 2.15). Il semble que Salomon désirait que sa bien-aimée reste avec lui à Jérusalem, mais la complexité de la vie de cour et tous les m’as-tu-vu qui traînent dans les couloirs, lui ont fait languir la vie simple de sa campagne natale. Alors, elle est retournée dans son pays. Heureusement pour nous, notre paparazzi suit de très près toutes les péripéties du couple et prend un 8e cliché de leur aventure amoureuse, et en couleur cette fois-ci. En effet, toute la férie printanière, ses couleurs vives et ses tons pastel sont sur la photo. C’est une éruption de vie, mais rien n’est aussi charmant que le bien-aimé qui fait la cour à sa belle afin de gagner son cœur.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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