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09 sept. 2025

Daniel 3.4-18

Je suis né dans un tout petit hameau et pourtant il y avait une fanfare qu’on appelait « la clique du village ». La musique est un art et souvent une passion qui tient beaucoup de place dans la vie de bien des gens. Dans toutes les vogues, kermesses et réjouissances populaires, il y a de la musique et elle accompagne toujours les célébrations, les réussites et bien sûr, les victoires militaires.

Dans tous les Temples et palais datant d’anciennes civilisations, les archéologues trouvent des fresques sur lesquelles figurent des joueurs d’instruments célébrant leurs divinités ou leur souverain pour une raison ou pour une autre. Par exemple, la grande sculpture murale du palais (de Koyoundjik) de Ninive, capitale de l’empire assyrien, représente des musiciens fêtant le retour victorieux du roi Assourbanipal (669-626).

La musique est moralement neutre dans le sens qu’en soi, elle n’est ni bonne ni mauvaise, et tout comme un magnifique coucher de soleil plaît aux yeux, chacun peut trouver un genre de musique qui soit agréable à ses oreilles. C’est aussi un support idéal pour adorer Dieu et Jésus-Christ. Le roi David était un musicien accompli et l’apôtre Paul encourage les croyants à chanter à la gloire de Dieu quand il écrit :

Entretenez-vous par des psaumes, par des hymnes, et par des cantiques spirituels, chantant et célébrant de tout votre cœur les louanges du Seigneur ; – Que la Parole du Christ réside au milieu de vous dans toute sa richesse : qu’elle vous inspire une pleine sagesse, pour vous instruire et vous avertir les uns les autres ou pour chanter à Dieu de tout votre cœur des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés par l’Esprit afin d’exprimer votre reconnaissance à Dieu (Éphésiens 5.19 ; SER ; Colossiens 3.16 ; SEM).

Cependant, la musique peut aussi être utilisée à mauvais escient, jouer le rôle et avoir le même effet que l’alcool ou une drogue. Curieusement, dans les Textes Sacrés, la première mention d’instruments de musique remonte à un certain Joubal, arrière-arrière-petit-fils de Caïn, un aïeul dont nul ne peut être fier. Le texte dit que Joubal est « l’ancêtre de tous ceux qui jouent de la lyre et de la flûte » (Genèse 4.21).

Les personnes mal intentionnées peuvent se servir de la musique pour manipuler les émotions et passer outre nos défenses naturelles comme par exemple les valeurs morales ou l’instinct de conservation. Ce n’est pas pour rien que tous les régiments du monde défilent accompagnés d’une fanfare. Non seulement la musique « style militaire » aide à marcher au pas cadencé, mais elle pousse aussi une troupe de soldats à foncer tête baissée contre l’ennemi et à se faire massacrer.

Je continue maintenant de lire dans le chapitre 3 du livre de Daniel.

Un héraut proclama à voix forte : À vous, peuples, nations et hommes de toutes langues, on vous fait savoir qu’au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la cithare, de la sambuque, du psaltérion, de la cornemuse et de toutes sortes d’instruments de musique, vous vous prosternerez devant la statue d’or que le roi Nabuchodonosor a fait ériger, et vous l’adorerez (Daniel 3.4-5 ; Autre).

Les auteurs anciens, les inscriptions, les fresques et les représentations murales mises à jour par les archéologues attestent que les Babyloniens ont un goût prononcé pour la musique instrumentale, qui est du reste un élément important de toutes les cérémonies religieuses et politiques de l’antiquité, ainsi que de la vie de tous les peuples comme je l’ai déjà noté.

Parmi les instruments de musique cités par Daniel, la cithare, la sambuque, le psaltérion et la cornemuse sont les seuls mots qui dans le livre sont d’origine grecque. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont conduit ceux qui adoptent une attitude critique à l’égard des Textes Sacrés, de dire que ce livre date du 2e siècle avant J-C (époque de la famille de prêtres juifs appelée Maccabées), car à cette époque, la Palestine est sous contrôle de la dynastie des Séleucides qui sont hellénistiques, c’est-à-dire de culture grecque. Soit dit en passant que parmi les souverains de cette dynastie se trouve l’ignoble Antiochus IV Épiphane, l’auteur de « l’abomination de la profanation » que Daniel mentionne plus loin dans le livre (Daniel 11.31).

Cependant, l’origine grecque des quatre instruments cités n’est pas surprenante pour plusieurs raisons. Premièrement, dans l’antiquité, le peuple grec est le peuple musicien par excellence. En second lieu, les colonies grecques établies en Asie Mineure, c’est-à-dire la Turquie actuelle, entretiennent déjà des relations étroites avec l’empire assyrien, et ses rois ont tous des mercenaires grecs à leur solde. Ces échanges continuent à l’époque de Nabuchodonosor qui avait enrôlé dans son armée un corps expéditionnaire grec commandé par le frère du célèbre poète grec Alcée (620- ?), compositeur de chants politiques et guerriers (et l’inventeur de la strophe alcaïque à quatre vers).

De plus, Ézéchiel (17.4) appelle Babylone « une ville de marchands » à cause de la présence des produits de l’industrie et de l’art grecs qui y sont parvenus très tôt par l’intermédiaire des Phéniciens, des Syriens et des Lydiens. J’ai déjà parlé de la Lydie qui se trouvait à l’ouest de la Turquie actuelle parce que son célèbre richissime roi Crésus fut battu par Cyrus le Perse. La Lydie donc avait des artistes grecs à son service et des relations avec l’Assyrie car elle était vassale de cet empire (jusqu’à la fin du 8e siècle).

Tous ces détails sont fastidieux, j’en conviens, mais ils expliquent facilement pourquoi des instruments de musique grecs sont utilisés à Babylone sous le roi Nabuchodonosor. Tout ça aussi pour rappeler que les Écritures sont étroitement imbriquées dans l’histoire humaine, l’art et les échanges commerciaux entre nations et qu’il faut étudier les Textes Sacrés dans leur contexte.

Dans son arrogance sans limites, le potentat babylonien se fait donc construire une statue d’or « tape-à-l’œil » qui scintille de ses mille feux. Comme il l’a placée dans une vallée, elle frappe les regards de très loin. Cette vision surréelle, accompagnée de l’orchestre philharmonique de Babylone, au milieu de la foule bigarrée des plus hautes personnalités du royaume, est un spectacle sublime qui va beaucoup jouer sur les émotions des participants.

Le héraut proclame à voix forte : « au moment où vous entendrez le son des instruments, vous vous prosternerez devant la statue d’or ». La musique est le signal, mais c’est son rythme entraînant et sa puissance qui ont pour but de pousser cette foule à rendre un culte à l’idole qui, dois-je le rappeler, représente la puissance de l’empire et surtout celle de son souverain, le seul, l’unique, le grand, l’immense roi de Babylone.

Nabuchodonosor a organisé cette immense kermesse afin de se faire adorer par les peuples, nations et hommes de toutes langues qui constituent son empire. En effet, les officiels convoqués représentent toutes les populations de l’empire quelles qu’elles soient.

Nabuchodonosor est un petit mesquin dans son genre parce que de toute évidence, il a omis d’informer ses braves administrateurs de la raison de leur convocation à Babylone. Mais maintenant que le héraut du roi a parlé, ils sont au courant et ils ont grand intérêt à coopérer.

Ce despote ne fait rien à demi-mesure ; il exige une soumission totale, entière et absolue à son autorité. Les officiels doivent non seulement s’incliner bien bas devant la statue mais aussi l’adorer, ce qui lui confère une signification à la fois politique et religieuse. Il s’agit donc bien d’un acte de pure idolâtrie.

Comme aucun dieu particulier n’est affilié à cette statue, c’est probablement parce que le roi veut instituer une nouvelle religion ayant cette statue comme point de mire. En d’autres mots, et même s’il ne le dit pas explicitement, Nabuchodonosor veut évacuer Mardouk et ses compères, toutes les divinités babyloniennes, pour les remplacer par lui-même ; c’est l’aboutissement logique de l’idolâtrie. En effet, comme l’idole est au service de l’adorateur, tôt ou tard, les deux finissent par se confondre et l’idolâtre devient son propre dieu. C’est bien la démarche de Nabuchodonosor. Il veut un royaume unifié avec un seul souverain et une seule religion et c’est lui qui sera à la fois le chef d’état, le grand-prêtre et la divinité qu’on adore. Le roi de Babylone dépoussière et remet à l’ordre de ce grand jour le culte impérial tel qu’il a toujours existé depuis la nuit des temps, et depuis les toutes premières dynasties humaines issues des fils de Noé.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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