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09 sept. 2024

Éphésiens 1.3-4

Je me souviens encore du temps lointain où j’apprenais à rédiger correctement une rédaction. Je ne prétends pas y être parvenu mais j’essaie tant bien que mal car je suis toujours en apprentissage. J’avais un prof qui s’appelait Monsieur Morel et que j’aimais bien. Dans l’enseignement qu’il nous a donné, il nous recommandait d’utiliser autant que possible le présent de l’indicatif et de construire des phrases courtes. Justement, au niveau du style, dans les retouches que je suis en train d’effectuer, je me suis fixé plusieurs objectifs dont les deux conseils que Monsieur Morel nous a donnés. D’une part, je met au présent tout ce qui peut l’être et parfois même ce qui ne devrait pas l’être, et d’autre part, j’essaie de raccourcir certaines phrases et donc d’alléger les paragraphes, mais c’est pas toujours facile. Ce qui me console un peu est que l’apôtre Paul a aussi ce problème ; il écrit souvent de très longues phrases qui n’en finissent plus et pourtant il est inspiré de Dieu. Ainsi, dans le texte grec du premier chapitre de l’Épître aux Éphésiens, les versets 4 à 14 forment une seule phrase ; une phrase unique en onze versets ; Paul n’aurait pas obtenu une bonne note avec Monsieur Morel. Selon certains érudits, c’est la phrase la plus longue et la plus lourde jamais écrite en langue grecque. Mais ce n’est pas une gaffe malencontreuse parce que l’apôtre Paul récidive ; il écrit en tout huit longues phrases dans sa lettre aux Éphésiens. Je lis maintenant le verset 3 du premier chapitre.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur : Jésus le Christ, car il nous a comblés des bénédictions de l’Esprit dans le monde céleste qui, toutes, sont en Christ (Éphésiens 1.3).

Après des salutations d’ordre général aux croyants d’Éphèse et à tous ceux qui liront cette lettre, Paul commence une discussion dans laquelle il explique pourquoi Dieu doit être loué. La raison qu’il donne est que celui qui place sa foi en Jésus-Christ participe aux bénédictions de l’Esprit. Comme dans la plupart des autres épîtres qu’il a rédigées, l’apôtre débute le corps de la lettre par une prière de reconnaissance ; ici, c’est pour l’œuvre de salut accomplie par Dieu chez un croyant et qui a pour fruit la célébration de la gloire de Dieu.

C’est par nos lèvres que Paul nous exhorte à louer et bénir Dieu parce qu’il est l’auteur et la source de toutes les bénédictions dont jouissent les croyants. C’est la bonté de Dieu qui est à l’origine de ces bienfaits. La louange est facile parce que c’est une simple déclaration verbale par laquelle je dis du bien de celui qui m’a béni. Par contre, les bienfaits de Dieu sont des actes concrets par lesquels il élève l’homme en le comblant de biens spirituels et parfois temporels. Je dis « parfois » parce que contrairement à l’Ancienne Alliance, le Nouveau Testament ne garantit jamais à l’enfant de Dieu, qu’ici-bas, son Père céleste lui accordera la prospérité matérielle ou la santé ou des relations sans ombrage. En effet, Dieu s’intéresse beaucoup plus à ma sanctification qu’à mon bien-être et mon petit confort personnel.

Dans le verset trois, les mots traduits par « béni, bénédictions » sont dérivés du verbe grec « eulogeo » qui signifie « parler en bien de, louer ou rendre honneur à quelqu’un ». C’est aussi le mot « eulogeo » qui a donné « éloge » en français.

Dans les religions païennes, « eulogeo » signifie « dédier un monument à une divinité comme moyen de lui rendre hommage, afin de la louer ». Dans le Nouveau Testament, la racine du verbe eulogeo est utilisée pour désigner Dieu comme étant celui qui est béni (Marc 14.61 ; Luc 1.68 ; Romains 1.25 ; 9.5 ; 2Corinthiens 1.3 ; 11.31 ; 1Pierre 1.3).

Quand Paul dit : « Dieu nous a comblés des bénédictions de l’Esprit », il ne fait pas référence à ce que je posséderai un jour dans l’avenir quand j’atteindrai le royaume de Dieu. Non, il parle de bénédictions qui m’appartiennent déjà en Jésus-Christ. Elles sont « dans le monde céleste » ou plus exactement « dans les cieux », où tous les trésors nous sont ouverts ; où nous sommes en communion avec les esprits célestes, et ces bénédictions nous sont conservées dans les cieux où nous les posséderons un jour pleinement un peu comme si c’étaient des espèces sonnantes et trébuchantes. Je lis quelques versets qui le prouvent.

Amassez-vous plutôt des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille, ni mites qui rongent, ni cambrioleurs qui percent les murs pour voler. Je sais en qui j’ai mis ma confiance et j’ai la ferme conviction qu’il est assez puissant pour garder tout ce qu’il m’a confié jusqu’au jour du jugement. Car il a préparé pour nous un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni perdre sa beauté. Il le tient en réserve pour vous dans les cieux (Matthieu 6.20 ; 2 Timothée 1.12 ; 1 Pierre 1.4).

Certes, nul ne sait où se trouve le royaume des cieux que Paul appelle « le troisième ciel » (2 Corinthiens 12.2). De toute façon, il s’agit d’une sphère spirituelle qui transcende toute notion de lieu géographique. C’est là que, selon l’auteur de l’épître aux Hébreux, se trouve l’autel céleste sur lequel Jésus est allé offrir son sang (Hébreux 9.12) et c’est aussi là qu’il réside à la droite du Père depuis son ascension.

Il faut en effet garder à l’esprit que Dieu n’habite pas le petit bocal espace-temps comme nous ; il est quelque part dans l’éternité en compagnie de son Fils, des anges et de tous les rachetés. C’est là, de son trône qu’il exerce son règne et où il décide ce qui doit arriver sur terre dans l’histoire humaine.

En tant que médiateur entre Dieu et l’homme, Jésus-Christ a mérité, gagné et obtenu tous les bienfaits que Dieu accorde aux croyants en vertu de leur union avec lui. Ces bénédictions qui ne se trouvent qu’en lui, m’appartiennent et je peux en jouir dès à présent dans la mesure où je lui fais confiance dans ma marche quotidienne avec lui, mais j’avoue que ce n’est pas facile.

En général, quand on demande à quelqu’un de bien, bon chic bon genre ou qui est religieux s’il pense aller au paradis, sa réponse est souvent : « j’espère bien ! » Il émet un doute justifié. En réalité, tous ceux qui ont placé leur confiance en Jésus-Christ sont déjà dans le royaume des cieux indépendamment de leur ressenti ou de leur état ici-bas. Même si ma vie chrétienne laisse à désirer, si je suis un enfant de Dieu, je suis en Christ et là où il est, c’est à dire à la droite du Père, je suis aussi. Les bénédictions que Dieu accorde ne sont ni temporaires ni conditionnelles ; elles ne dépendent pas de mon ressenti ou de mon humeur du moment ; elles dépendent uniquement de Dieu et de l’œuvre accomplie par le Seigneur dans sa vie en accomplissant toute la Loi pour nous, et sur la croix en expiant nos péchés. En d’autres mots, que je me sente sur un plateau spirituel ou que je sois tout au bas du talus et même au fond du trou ne fait aucune différence. Le croyant en Christ se trouve là où est son maître et il est béni et sa position est stable et permanente. Je reconnais que ce que dit Paul décoiffe et paraît incroyable, mais qui suis-je pour contester la Parole de Dieu ?

Les bénédictions spirituelles dont Dieu nous a comblés ont leur parallèle dans le livre de Josué de l’Ancien Testament. En effet, l’Éternel avait promis aux Hébreux de leur donner le pays de Canaan. Ce pays n’est pas une image du paradis, mais bien plutôt de notre état présent, car les Israélites ont dû faire face à d’innombrables ennemis pour prendre possession de ce territoire. Comme l’Éternel le leur avait octroyé, tout ce que les Israélites ont dû faire était de l’occuper. Dieu a dit à Josué :

Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous le donne (Josué 1.3).

Josué a donc dit aux Israélites : « Puisque l’Éternel nous a donné ce pays, on le prend parce qu’il nous appartient ».

Sous le régime de la Nouvelle Alliance, Dieu nous a comblés de bénédictions spirituelles plutôt que temporelles, et comme je l’ai dit, c’est Jésus qui les a obtenus pour nous et nous les recevons en vertu de notre union avec lui. En lui-même, Jésus est saint et juste, mais selon l’enseignement du Nouveau Testament, par sa vie sainte et son œuvre sur la croix, il a acquis le statut de « juste et saint » afin de nous en revêtir, de le donner à ceux qui lui font confiance.

Beaucoup de gens de culture chrétienne tentent tant bien que mal de gagner le ciel. J’ai aussi essayé quand j’étais jeune, mais sans succès. D’ailleurs même avec les meilleures intentions du monde et toutes les bonnes actions possibles, il est absolument impossible d’entrer au paradis. Puis un jour, au hasard de Dieu, je découvre que Jésus a tout accompli pour moi et qu’il ne faut surtout pas que j’y mette mon grain de sel car je ne peux strictement rien faire pour obtenir la vie éternelle sinon l’accepter. Après avoir ainsi crû en Jésus-Christ, je me suis efforcé de vivre d’une manière digne d’un croyant. Je n’ai pas trop bien réussi et en disant cela, je me lance encore des fleurs, mais je n’ai pas envie d’aller dans les détails. Finalement, j’ai compris que Jésus avait mené une vie parfaitement sainte pour moi ; ce n’était pas pour lui, car étant parfait de nature, il n’en avait pas besoin. Voilà ce que Paul veut dire quand dans sa seconde épître aux Corinthiens, il écrit :

Par Dieu vous êtes en Jésus-Christ qui pour nous a été fait de la part de Dieu, sagesse, justice, sanctification et rédemption (1Corinthiens 1.30).

Quand Paul écrit aux Éphésiens que « Dieu nous a comblés des bénédictions de l’Esprit dans le monde céleste », cela signifie qu’il ne nous manque rien, qu’il n’y a rien d’autre à attendre, mais ça ne veut pas dire non plus que je suis apte à tout comprendre ou capable de gérer parfaitement tous les aspects de ma vie.

Quand a sonné pour moi l’heure de faire le régiment, j’ai reçu dans la boîte à lettres un ticket de train pour Nancy. Je suis donc parti un soir et j’ai voyagé toute la nuit. Le train était bondé et nous étions comme des sardines. Le lendemain matin, on nous a récupéré à la gare et nous sommes montés dans des camions militaires chacun avec sa petite valise. À notre arrivée à la caserne, on nous a tout de suite donné notre paquetage et il était complet. Bien sûr, tout était un peu pêle-mêle aussi bien dans le sac que dans ma tête et il m’a fallu un peu de temps pour réaliser ce qui m’arrivait, pour m’orienter et mettre à profit tout ce qu’on m’avait donné. C’est un peu pareil en ce qui concerne la marche chrétienne en nouveauté de vie, ça prend du temps.

Il existe deux façons diamétralement opposées de traiter les bénédictions que Dieu nous donne en Jésus-Christ. Je peux soit en prendre possession soit les ignorer.

Il y a bien des années à Chicago dans le journal du soir, on pouvait lire un tout petit article en bas de page qui se remarquait à peine. Il disait :

La police a fait du porte à porte dans les bas quartiers de la ville cherchant un certain sans-logis répondant au nom de Stanley Walker, 50 ans, ancien étudiant d’Oxford et héritier d’une fortune de 4 millions de dollars que lui lègue son père, un armateur anglais ayant financièrement bien réussi.

On espérait trouver cet homme parmi les SDF drogués en tout genre ou ivrognes invétérés qui dorment sur le trottoir près d’une bouche de métro sur un carton, enveloppé dans un vieux baluchon ou une vieille couverture dégueulasse pleine de vermine et qui put le vomit. Quelle horreur ! Imaginez être riche comme Crésus ou presque, et vivre comme je viens de le décrire. De penser à ce pauvre homme donne vraiment envie de pleurer sur la misère humaine. Cette triste affaire fait penser à ceux qui ont fait confiance à Jésus-Christ et sont comblés de bénédictions spirituelles, mais qui ont épousé les fausses valeurs de ce monde et poursuivent des choses vaines, ce qui brille et attire le regard, l’argent et le statut social, oubliant que ce n’est qu’une illusion qui telle la brume du matin disparaît bien vite.

L’histoire de Stanley Walker a une fin. Une nuit où il a gelé particulièrement fort, on l’a finalement retrouvé, mais trop tard. Il était déjà raide, mort de froid dans le hall d’entrée d’une barre de HLM. Quelle tragédie de trépasser ainsi alors qu’il avait suffisamment d’argent pour acheter tout l’immeuble !

Dans toutes les exhortations que l’apôtre Paul adresse aux églises, en gros, il dit : « Ne vous laissez pas aveugler par les mirages qui sont autour de vous, mais considérez tout ce que Dieu vous a donné et saisissez-le par la foi ».

Ma seconde histoire, vraie elle aussi, a eu lieu dans l’ouest des États-Unis. Il y est également question d’un homme qui, gagnant sa vie à très grande peine, survit difficilement. D’origine britannique, lui aussi, son père est un homme d’affaires qui a fait fortune, comme le précédent. Après sa mort, le notaire engage des recherches afin de retrouver le fils du décédé et il y parvient. On l’informe donc qu’il est désormais un homme très riche et les journaux de la région font de cette histoire leurs choux gras ; on ne parle que de ça. Contrairement à l’histoire précédente, humainement parlant, celle-ci se termine bien. En effet, dès que cet homme apprend qu’il est désormais riche, il se rend immédiatement dans le plus luxueux magasin de vêtements de la ville et endosse le plus beau costume disponible. Le même jour il achète un ticket de train et de bateau de première classe pour retourner en Angleterre prendre possession de ses biens. Il agit de cette manière parce qu’il croit vraiment que cet héritage fabuleux lui appartient.

Celui qui a placé sa confiance en Jésus-Christ a donc le choix entre deux façons de se comporter. La première consiste à vivre selon le train de ce monde et qui pourtant est faite d’illusions, parce qu’il ne croit pas que Dieu l’a comblé de bénédictions et donc de tout ce dont il a besoin. La seconde façon de vivre est de voyager en première classe en tant qu’enfant de Dieu et selon ce qu’il dit dans sa Parole. La difficulté que nous rencontrons tient dans le fait que les promesses de Dieu sont spirituelles et moi je suis charnel, et Dieu ne promet rien au niveau matériel ou physique. Pour ma part, il m’arrive souvent de descendre du wagon de première classe parce que je me suis laissé séduire comme par un miroir aux alouettes et j’en ai plein les yeux. Alors, je dois me rappeler que selon l’enseignement des Écritures, je suis face à un mirage, rien de plus.

Quand on construit une maison, il faut des plans, des dessins et des diagrammes, sinon on court à la catastrophe. Eh bien dans le même ordre d’idée, quand Dieu a planifié la création de l’Église, il a tout prévu parce qu’il voulait que tous ses membres voyagent en première classe.

Nous arrivons maintenant au verset quatre de ce premier chapitre où Paul va énumérer les bénédictions éternelles en un chant de louanges. Les pensées qui remplissent son cœur s’échappent avec une impétuosité telle, que comme je l’ai dit, onze versets forment une seule phrase. La raison de cette adoration est que Dieu, selon le conseil éternel de sa grâce, a appelé les païens de leurs profondes ténèbres à sa merveilleuse lumière, à sa communion, à faire alliance avec lui, un privilège jusqu’alors réservé au peuple choisi. D’habitude, Paul commence ses lettres par une action de grâces qui est spécifique à l’église ou à la personne à laquelle il écrit. Mais ici, comme cette épître aux Éphésiens est une lettre encyclique et pastorale qu’il adresse à diverses églises, il étend son horizon et s’arrête sur le salut éternel de Dieu en Jésus-Christ.

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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