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18 juin 2025

Lamentations 1.1 – 18

Fils de Huguenots français qui ont immigré en Grande-Bretagne, David Garrick au 18 e siècle (1717-1779) est considéré comme l’un des plus grands acteurs de théâtre de tous les temps. Il raconte qu’un jour, alors qu’il marche dans Londres, il entend un prédicateur de coin de rue qui prêche la bonne parole. Il s’approche par curiosité mais fasciné par le discours il s’avance toujours plus. Finalement, il se trouve face à cet homme et est surpris de constater qu’il a les larmes aux yeux. Puis de la foule qui écoute, une vieille femme toute fripée pointe son doigt vers le prédicateur et dit :

« Monsieur, je vous ai suivi partout depuis ce matin 7 heures et je vous ai écouté prêcher cinq fois et chaque fois j’ai été éclaboussé par vos larmes. Pourquoi donc pleurez-vous ? »

Ce prédicateur s’appelle George Whitefield (1714-1770). Il louche et est connu pour ses sermons percutants, mais à cette époque, il fait aussi la risée de la haute société et des hommes d’Église qui aiment le tourner en dérision. David Garrick raconte :

J’ai écouté ce que disait George Whitefield et j’ai entendu et vu sa passion et sa sincérité. J’ai bien compris qu’il disait que sans une foi personnelle en Jésus-Christ les hommes meurent dans leur péché pour l’éternité. J’ai continué à l’écouter jusqu’à ce qu’il n’ait plus rien à ajouter. Alors, il a étendu ses deux gros bras et a dit : “ Oh ! ” Il pouvait casser un auditoire avec ce simple mot. Quand George Whitefield disait “ Oh ! ”, les gens baissaient la tête en signe de contrition ; ils se courbaient comme des épis de maïs sous un vent de tempête. Garrick a ajouté : Je donnerais une main pleine d’écus d’or si je pouvais dire “ Oh ! ” comme George Whitefield, car je serais alors le plus grand acteur que le monde ait jamais connu.

Peut-être, mais la différence est que George Whitefiel est authentique ; ce n’est pas un acteur qui joue un rôle ; il parle du fond du cœur. Le prophète Jérémie est de cette trempe. Son livre de prophéties est certes déprimant, mais au-delà du sombre présent qu’il décrit, deux points lumineux brillent devant les yeux du prophète : le premier est le retour de l’exil et l’autre, plus éloigné, est l’établissement d’une alliance nouvelle et éternelle que l’Éternel conclura avec son peuple. Et dans cette promesse s’exprime la vision la plus sublime et la plus élevée de la prophétie israélite.

Mais revenons à la déprime ; c’est aussi Jérémie lui qui a écrit le petit livre qui s’appelle « Lamentations », un titre très parlant. Parmi les gens tristes, certains éprouvent une douleur profondément et intensément vive. De ce nombre fait partie Jérémie ; preuve en est son nom qui est à la racine du mot « jérémiade ».

Le titre hébreu du livre des Lamentations est le premier mot du texte, un mot qui exprime la surprise douloureuse et la plainte, et qu’on pourrait traduire par « Comment ou Hélas ! » Dans l’ancienne version grecque a de la Septante, ce livre s’appelle « chants funèbres » et  dans la version latine de la Vulgate, le titre est : « lamentationes ». Ce poème est d’une tristesse infinie car il exprime la plainte douloureuse d’une âme en peine et d’un cœur brisé qui pleure sur les ruines de Jérusalem.

Pourtant, quand Jérémie débute son ministère, Josias est roi de Juda, et sous son règne a lieu un réveil spirituel qui touche bon nombre de gens mais qui s’éteint aussitôt après sa mort tragique et stupide dans un combat qu’il n’aurait jamais dû livrer. Jérémie prophétise aussi sous les quatre rois suivants, mais ce sont tous des teignes. Il essaie en vain d’enrayer la descente de Juda vers le jugement de Dieu mais devient le témoin impuissant de la destruction de Jérusalem et du Temple de l’Éternel.

Jérémie n’est pas une sorte d’Attila le Hun car il a le cœur tendre d’une mère vis-à-vis de son peuple bien qu’il ait prononcé une succession de menaces à vous faire dresser les cheveux sur la tête, tellement elles sont virulentes. Il n’annonce pas le châtiment de Dieu et la fin du royaume de Juda de gaieté de cœur, mais avec des larmes et par obligation parce qu’il en a reçu l’ordre de la part de l’Éternel. Il n’empêche que Jérémie aime Dieu et sa Parole car il dit :

Dès que j’ai trouvé tes paroles, je les ai dévorées. Elles ont fait ma joie et mon bonheur, car je porte ton nom, ô Éternel, Dieu des armées célestes ! (Jérémie 15.16).

Jérémie n’est pas seulement prophète de l’Éternel mais aussi un vrai patriote. Dans les « Lamentations », on découvre que celui qui aime véritablement sa patrie, aime Dieu par-dessus tout, et par conséquent, aime son peuple pour Dieu.

Le genre littéraire des « Lamentations » se retrouve dans l’Ancien Testament, dans certains Psaumes (Psaumes 25, 34, 111, 112, 119), dans la complainte funèbre composée par David sur le roi Saül et son fils Jonathan tués au combat (2Samuel 1.17), et encore dans la complainte composée par Jérémie pour les funérailles du roi Josias.

Dans l’Ancienne version grecque de la Septante, les « Lamentations » font immédiatement suite aux prophéties de Jérémie, mais dans la Bible hébraïque, ce recueil est dans les « Écrits Sacrés » (Hagiographes) qui forment la troisième partie du Canon hébreu. Il occupe la position centrale des cinq Rouleaux des Fêtes (Megilloth) qui viennent immédiatement après les trois livres poétiques : Psaumes, Job et Proverbes. Chaque rouleau des fêtes est lu à l’une des fêtes annuelles. Les Lamentations le sont le neuvième jour du mois d’Ab qui est vers la mi-juillet, anniversaire de la destruction du Temple par Nabuchodonosor.

Le livre des « Lamentations » est un poème qui comprend cinq complaintes, une par chapitre. Elles ont pour sujet la ruine de Jérusalem et la destruction du peuple de Dieu par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Chaque chapitre se compose de 22 strophes, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu. Et chaque strophe commence par une lettre différente placée d’après son rang alphabétique.

Les quatre premiers chapitres suivent une métrique rythmique rigoureuse et complexe qui ne peut pas être rendue dans une traduction. Ces rythmes alphabétiques peuvent paraître artificiels dans un poème destiné à exprimer une profonde détresse, mais ils ont deux buts pratiques : d’une part, maîtriser l’expression des sentiments et ainsi éviter les débordements émotionnels, et d’autre part, ils constituent un moyen mnémotechnique qui permet à ceux qui le désirent de graver ces paroles dans leur mémoire et leur cœur.

Cette composition hautement travaillée a certainement été réalisée par Jérémie après un temps de recul par rapport aux événements qui l’ont tant fait souffrir. Il est probable qu’il a rédigé les « Lamentations » sous la conduite du Saint Esprit, pendant son séjour en Égypte et peu avant sa mort.

Comme les Psaumes, ces complaintes sont des prières inspirées qui nous apprennent comment gérer la souffrance. En effet, Dieu accueille en toute circonstance les doléances de ceux qui croient en lui, même quand leur souffrance est un châtiment mérité, car comme le dit Jérémie lui-même dans ce poème :

Ce n’est pas de bon cœur que l’Éternel humilie et afflige les êtres humains (Lamentations 3.33 ; Autre).

Jérémie ne se contente cependant pas de se plaindre, il analyse les causes du malheur de son peuple, il reconnaît ses fautes et le caractère juste du jugement divin. La détresse qu’il décrit apparaît d’ailleurs comme l’accomplissement des malédictions prévues par la Loi de Moïse en cas de désobéissance. De plus, Jérémie précise bien que c’est l’Éternel qui suscite ces malheurs même s’il utilise pour cela les Babyloniens.

En même temps le prophète se tourne vers Dieu, car il demeure son recours et c’est lui qui tient la destinée de tous les peuples entre ses mains. Alors qu’il touche au fond de l’abîme du désespoir (Lamentations 3.1-20), c’est sa foi qui lui permet de reprendre courage. Jérémie trouve ses raisons d’espérer dans le caractère de Dieu, sa bonté, sa fidélité et son inépuisable miséricorde. Mais la démarche du prophète est ardue et ses victoires ne sont pas acquises une fois pour toutes puisque l’instant d’après, le voilà à nouveau qui pleure et se lamente (Lamentations 3.48 ss).

Afin de reprendre espoir (Lamentations 3.59-66), Jérémie doit subjuguer ses pensées et se rappeler sans cesse les délivrances passées (Lamentations 3.52-58). Dans ce livre, l’espérance n’est pas une gymnastique de l’esprit pour fuir une réalité déprimante, mais l’expression de la foi qui prend appui sur Dieu tout en demeurant lucide sur le présent désastreux. Jérémie doit donc lutter et lutter encore dans un combat contre lui-même afin de gagner une bataille après l’autre.

Pour épancher son cœur et dire sa douleur poignante, Jérémie a choisi de s’exprimer sous une forme poétique contraignante et très élaborée qui montre sa volonté de ne pas se laisser sombrer dans le désespoir. Jérémie est très humain et un réaliste car il nous montre qu’il n’y a pas de consolation facile. La foi ne permet pas d’échapper à la souffrance mais seulement de l’assumer. Jérémie a transformé le grand deuil national en une prière qui devient la préparation salutaire du rétablissement d’Israël. Avec Dieu, on ne pleure pas seulement pour pleurer, mais pour se relever.

Jérémie nous rappelle que presque six siècles plus tard, Jésus aussi a pleuré de douleur sur Jérusalem ; tout en annonçant sa ruine prochaine (Matthieu 23.37-39), il s’est lamenté sur la ville sainte. Mais par sa mort sur la croix, il a aussi apporté le salut à tous les hommes. Si seulement toutes nos détresses pouvaient devenir fécondes comme celles de Jérémie et du Christ !

Le verset central du livre des « Lamentations » explique la raison de la ruine de Jérusalem. Je le lis :

Mais l’Éternel est juste, car (moi Jérusalem) j’ai été rebelle à ses commandements. Écoutez, je vous prie, vous, tous les peuples, et voyez ma douleur : mes jeunes filles, mes jeunes gens sont partis en captivité (Lamentations 1.18).

Commentaire biblique radiophonique écrit par le pasteur et docteur en théologie : Vernon McGee (1904-1988) et traduit par le pasteur Jacques Iosti.

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